Eurovision Asie : près de vingt ans pour voir le jour

Eurovision Asie : près de vingt ans pour voir le jour

Lorsque la création de l’Eurovision Asie a été officialisée en mars 2026, le projet pouvait donner l’impression de sortir de nulle part. Pourtant, l’idée d’adapter le célèbre concours européen au continent asiatique remonte à 2008, bien avant les débuts de l’Australie à l’Eurovision.

Avant d’arriver jusqu’à Bangkok, plusieurs projets ont été annoncés, reportés puis abandonnés. Il aura fallu près de vingt ans pour que cette ambition commence enfin à se concrétiser, avec une première édition programmée le 14 novembre 2026.

Une première tentative dès 2008

Le premier projet remonte à septembre 2008. L’Union européenne de radio-télévision (UER) avait alors accordé les droits du format à Asiavision, une société basée à Singapour. Une quinzaine de pays et territoires, parmi lesquels la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam, étaient envisagés pour participer à une compétition associant sélections nationales et grande finale.

Initialement baptisé Asiavision Song Contest, le programme avait rapidement dû changer de nom. L’Union de radio-télévision Asie-Pacifique utilisait déjà le terme « Asiavision » pour son service d’échange d’informations. Le concours était alors devenu Our Sound: The Asia-Pacific Song Contest.

Prévue pour 2009, sa première édition avait ensuite été reportée à Macao en mars 2010, puis à Mumbai en novembre 2010. Certains pays avaient pourtant commencé leurs préparatifs, notamment le Cambodge et les Philippines, qui avaient engagé des processus de sélection nationale. Aucun de ces rendez-vous n’avait finalement eu lieu, le projet étant repoussé indéfiniment sur fond de désaccords entre les organisateurs et l’UER.

Our Sound devait devenir la première adaptation asiatique de l’Eurovision, mais son lancement a été repoussé à plusieurs reprises.
© EBU

En novembre 2011, l’Union de radio-télévision Asie-Pacifique (ABU) avait annoncé une autre initiative, avec la création de festivals musicaux télévisé et radiophonique, organisés pour la première fois à Séoul en octobre 2012. Leur fonctionnement restait cependant différent de celui de l’Eurovision : le festival télévisé prenait la forme d’une célébration culturelle sans classement, tandis que la version radiophonique était initialement compétitive.

Ces événements ont donné naissance aux festivals ABU de la chanson, mais pas à un véritable équivalent asiatique du concours européen.

Le projet relancé par l’Australie

Une nouvelle tentative, beaucoup plus proche du format de l’Eurovision, avait été lancée en mars 2016. L’UER avait signé un accord avec le diffuseur australien SBS et son partenaire de production Blink TV afin d’étudier la création d’un Eurovision Asie-Pacifique.

Le projet ambitionnait de réunir jusqu’à vingt pays autour d’une grande finale annuelle. Une première édition en Australie avait même été envisagée dès 2017.

En 2016, le diffuseur australien SBS et Blink TV avaient relancé le projet d’un concours réunissant jusqu’à vingt pays.
© EBU / SBS / Blink TV

Le nom Eurovision Asia Song Contest et une première identité visuelle avaient été dévoilés en 2017. Plusieurs villes, dont Sydney, Singapour et Hong Kong, avaient manifesté leur intérêt pour accueillir la compétition.

En 2018, un rapport du conseil municipal de Gold Coast, en Australie, envisageait même l’organisation du concours entre le 30 novembre et le 7 décembre 2019. Le document présentait un programme comprenant notamment des répétitions, des événements destinés aux fans et une grande finale.

Mais ces ambitions ne se sont jamais concrétisées. Malgré des discussions avec plusieurs diffuseurs et l’intérêt manifesté par différents pays, aucune liste définitive de participants, aucune programmation musicale complète et aucune organisation définitivement arrêtée n’avaient été présentées au public.

Un continent difficile à réunir autour d’un même programme

Les obstacles ne concernaient pas uniquement le financement ou la recherche d’une ville hôte. Les responsables de SBS avaient également souligné la complexité géopolitique de la région, les différences de fuseaux horaires, les barrières linguistiques et les difficultés à construire une coopération durable entre les diffuseurs.

Contrairement au concours européen, développé depuis 1956 au sein d’un réseau de télévisions publiques membres de l’UER, l’adaptation asiatique devait rassembler des chaînes aux statuts, aux publics et aux intérêts parfois très différents.

L’organisation d’un événement commun supposait donc de concilier des contraintes techniques, économiques et diplomatiques particulièrement importantes, tout en construisant un format capable de séduire des marchés audiovisuels très divers.

Au fil des années, le projet avait progressivement disparu de l’actualité. En mai 2021, SBS avait finalement confirmé qu’il renonçait à poursuivre son développement et à ses droits sur le format.

La pandémie de Covid-19 avait constitué un obstacle supplémentaire, mais le diffuseur australien reconnaissait surtout ne jamais avoir réussi à mettre au point un modèle suffisamment clair et réalisable. Après cinq années de travail, cette nouvelle tentative s’achevait donc sans qu’une seule édition ait été organisée.

Pourquoi le projet de 2026 paraît-il plus solide ?

Le projet a finalement été relancé sous l’impulsion de Voxovation, une société spécialisée dans le développement et la production de grands formats télévisés internationaux, devenue détentrice de la licence de l’Eurovision Asie.

Cette fois, l’annonce officielle du concours, le 31 mars 2026, est intervenue alors que plusieurs éléments essentiels étaient déjà réunis : une ville hôte, une date, un diffuseur local, des partenaires de production et dix diffuseurs initialement confirmés.

La grande finale de l’Eurovision Asie 2026 est programmée le 14 novembre 2026 à Bangkok, au One Bangkok Forum, avec la chaîne thaïlandaise Channel 3 comme diffuseur hôte et S2O Productions parmi les partenaires chargés de l’organisation locale.

Au total, 11 pays participeront à cette première édition : 🇧🇩 le Bangladesh, 🇧🇹 le Bhoutan, 🇰🇭 le Cambodge, 🇰🇷 la Corée du Sud, 🇱🇦 le Laos, 🇲🇾 la Malaisie, 🇲🇳 la Mongolie, 🇳🇵 le Népal, 🇵🇭 les Philippines, 🇹🇭 la Thaïlande et 🇻🇳 le Vietnam. Selon les estimations communiquées lors de l’annonce du concours, le projet pourrait toucher un public potentiel de plus de 600 millions de personnes à travers la région.

Après plusieurs projets abandonnés, la première édition de l’Eurovision Asie aura lieu le 14 novembre 2026 à Bangkok.
© EBU

Surtout, le concours a franchi une étape décisive, avec l’organisation des sélections nationales et la désignation des représentants des 11 pays participants.

Le Bhoutan a ouvert la saison, le 11 août, avec Rhythm of Bhutan, suivi de la Malaisie, des Philippines, de la Corée du Sud, du Laos, de la Thaïlande, du Bangladesh, du Vietnam, du Népal, de la Mongolie et du Cambodge.

Les modalités de sélection ont varié selon les pays : certains ont organisé une compétition entre plusieurs artistes, tandis que d’autres ont choisi leur représentant avant de soumettre différentes chansons au vote. Plusieurs de ces rendez-vous ont été diffusés sur la chaîne YouTube officielle de l’Eurovision, permettant également aux spectateurs internationaux de découvrir les artistes et, dans certains cas, de participer au choix des chansons.

L’Eurovision Asie n’est donc plus seulement une marque, un logo ou une promesse. Les sélections nationales ont donné une réalité au concours, tandis que les préparatifs de la grande finale se poursuivent à Bangkok. Les présentateurs ont été annoncés, la billetterie a ouvert et les différents partenaires sont désormais engagés dans l’organisation de l’événement.

Après près de deux décennies de projets inaboutis, l’édition 2026 semble ainsi reposer sur une base beaucoup plus concrète. Son avenir à long terme dépendra toutefois de la réussite de cette première finale, de son audience et de la volonté des diffuseurs de poursuivre l’aventure.

Mais pour la première fois, l’Eurovision Asie est véritablement sur le point de voir le jour. Onze pays, des représentants désignés, une salle, des partenaires et une grande finale programmée : autant d’éléments qui donnent enfin une perspective concrète à un projet longtemps resté au stade des ambitions.

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